Avec ses profileurs Argo capables de plonger à 6000 mètres, l’Ifremer prend le pouls de l’Océan jusque dans les abysses
Les deux premiers prototypes de flotteurs Argo Deep-
6000, développés par l’Ifremer, ont effectué avec succès
leurs premières plongées en autonomie en haute mer, au
nord des Antilles. Depuis le 11 janvier, chacun des deux
flotteurs a effectué cinq cycles complets jusqu’à 6 000
mètres de profondeur, transmettant pour la première fois
des données inédites sur les abysses.
La France devient ainsi le troisième pays au monde, après
les États-Unis et la Chine, à concevoir des profileurs Argo
capables d’explorer ces profondeurs extrêmes.
D’ici à 2028, 30 de ces profileurs grands fonds rejoindront
la flotte internationale de 4000 profileurs pour couvrir plus
de 98% du volume de l’Océan mondial.
Déploiement de l’un des deux prototypes Argo Deep-6000, le 11 janvier au nord des Antilles
Ces nouveaux profileurs Argo Deep-6000 permettront de mesurer en temps réel
la salinité, la température, l’oxygène et la pression des grands fonds, afin de
mieux connaître l’impact du changement global jusqu’à 6000 mètres de
profondeur.
« Grâce au réseau de profileurs profonds que nous développons en étroite
collaboration avec nos partenaires du programme international Argo, nous
allons pouvoir traquer le réchauffement climatique jusque dans les abysses
océaniques. Nous pourrons également obtenir des informations sur la
circulation océanique profonde qui contribue au stockage dans l’océan
profond des signaux climatiques comme la chaleur ou le carbone, et affiner
les modèles de prévisions océaniques. Argo est un exemple de coopération
internationale absolument remarquable, avec plus de 60 pays qui y
contribuent », détaille Virginie Thierry, océanographe physicienne à
l’Ifremer.
Les deux premiers prototypes ont été déployés le 11 janvier depuis un voilier
affrété par la société OCEOPS, spécialisée dans l’organisation de campagnes
scientifiques à la voile. Largués à l’aplomb d’une fosse océanique à trois jours
de navigation au nord des Antilles, ils ont plongé en autonomie jusqu’à 6000
mètres avant de transmettre leurs données par satellite aux équipes à terre.
TRAQUER LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
L’Océan abyssal est encore largement méconnu et très peu échantillonné.
Pourtant, environ 10% du réchauffement total de l’Océan est situé en dessous
de 2000 mètres de profondeur, et les rares données dont nous disposons
indiquent un fort signal de réchauffement sous 4000 mètres dans l’Océan Austral
qui commence à se propager vers le nord dans les Océans Pacifique, Atlantique
et Indien.
Passer le cap des grands fonds est donc essentiel pour la communauté
scientifique qui va rapidement bénéficier d’un jeu de données complet
permettant de suivre à la fois l’évolution temporelle de ce réchauffement et sa
propagation spatiale dans les eaux les plus profondes.
Les données recueillies permettront également de mieux connaître la
contribution des zones abyssales à l’augmentation du niveau de la mer.
UN DÉFI TECHNOLOGIQUE MAJEUR
Le développement des profileurs Argo Deep-6000 a nécessité de lever des
verrous techniques liés à la très importante pression exercée par la colonne
d’eau dans les grandes profondeurs.
Ces profileurs sont capables de plonger et remonter en autonomie sur des cycles
de dix jours, comme leurs homologues qui plongent entre 2000 et 4000 mètres.
Afin de résister aux conditions des abysses, un matériau composite a été préféré
au titane. Chaque flotteur pèse 40 kilogrammes contre 20 kilogrammes pour les
flotteurs classiques, pour résister aux conditions extrêmes auxquelles il sera
exposé.
« La difficulté majeure a été de concevoir un système résistant aux pressions
des abysses, qui soit autonome en énergie pour rester opérationnel pendant
sept ans, et pour un coût maîtrisé », explique Xavier André, responsable du
développement technologique des profileurs à l’Ifremer.
30 FLOTTEURS 6000 MЀTRES D’ICI À 2028
La flotte de profileurs d’Argo opérée par la France devrait compter 30 flotteurs
capables de plonger à 6000 mètres d’ici à 2028, principalement déployés en
Atlantique Nord. Ils viendront compléter les 270 flotteurs capables de plonger
jusqu’à 2000 ou 4000 mètres.
Les États-Unis opèrent d’ores et déjà plus de cent profileurs Argo 6000 mètres,
et les Chinois une trentaine.
Lancé en 2000, le programme Argo constitue aujourd’hui le premier réseau
mondial d’observation de l’océan.
Ses 4 000 flotteurs autonomes fournissent des données en accès libre, utilisées
par les scientifiques du monde entier pour observer, modéliser et prévoir
l’évolution de l’océan et du climat.
Sur ces 4000 flotteurs, 1250 sont capable de faire des mesures en dessous de
2000 mètres, ce sont les Deep-Argo.
DÉVELOPPÉS PAR L’IFREMER EN PARTENARIAT
AVEC NKE INSTRUMENTATION
Le développement et la fabrication de ces deux prototypes Argo Deep-6000 ont
été assurés par les équipes de l’unité Recherches et développements
technologiques (RDT) de l’Ifremer, basée à Plouzané avec l’appui du partenaire
industriel nke Instrumentation qui a également développé le cœur électronique
et le logiciel.
Ces travaux ont été financés sur fonds propres dans le cadre du projet PIANO
(Plan d’Investissement Argo : Nouvelles Observations) du Plan d’Investissement
Exceptionnel de l’Ifremer.
La fabrication et l’industrialisation en série seront confiés à nke Instrumentation,
basé à Hennebont. Les trente unités acquises par l’Ifremer d’ici 2028 seront
financées par le projet PIANO et par le projet Equipex+ Argo-20301.
1 Ce projet a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du Programme
d’Investissements d’Avenir intégré à France 2030 portant la référence ANR-21-ESRE-0019.
Communiqué de presse 2 février 2026 4 / 4
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