Les rencontres d'Occitanie- octobre 2020- 33 ème édition-Comment la e-Santé améliore l'accès aux soins dans les pays du sud?

 

Les Rencontres d'Occitanie sont un cycle de conférences-débats, lancé en 2017, par le Groupe La Dépêche du Midi. Chaque mois, des personnalités de premier plan viennent enrichir la réflexion des décideurs locaux sur des thèmes majeurs pour l'avenir de notre Région (recherche, éducation, culture, innovation, export, environnement, tourisme, aéronautique). Ces rencontres se placent au cœur des défis que doit relever l'Occitanie et se veulent être un outil de réflexion face à un monde en constante mutation.

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Portrait Béatrice GARRETTE - formatpaysage

Diplômée HEC (1985), Béatrice Garrette est Directrice Générale de la Fondation Pierre Fabre, reconnue d’utilité publique, dont la mission est l’accès aux médicaments et aux soins de qualité pour les populations des pays les moins avancés.

La Fondation Pierre Fabre, développe ses actions dans 20 pays en Afrique, en Asie et au Liban, autour de 5 axes prioritaires : la formation des pharmaciens, la lutte contre la drépanocytose, la dermatologie, l’accès aux soins primaires des populations vulnérables et la e-santé. La recherche de solutions innovantes au service de l’amélioration de l’accès aux soins a conduit à la création en 2016 de l’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud (www.odess.io), en partenariat avec l’Agence Française de Développement.

 

 

« La e-santé est vitale pour les pays du Sud »

En amont de la conférence, Gil Bousquet, journaliste à La Dépêche du Midi, s'est entretenu avec Béatrice Garrette à propos de la Fondation Pierre Fabre et de la thématique de ce nouveau rendez-vous des Rencontres d'Occitanie. Découvrez l'interview de notre invitée dans les colonnes du journal. 

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- Compte-rendu de la conférence-débat -

« La 33ème édition des Rencontres d’Occitanie, organisée à Toulouse par la Fondation Groupe Dépêche, a accueilli au siège de La Dépêche du Midi Béatrice Garrette, Directrice Générale de la Fondation Pierre Fabre, pour une conférence-débat autour du thème "Comment la e-santé améliore l’accès aux soins dans les pays du Sud ?". Un thème particulièrement d’actualité à l’heure où le monde, confronté à la pandémie de Covid-19, constate que l’accès aux soins est très loin d’être équitable pour tous.»

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- Extraits de l'intervention de Béatrice Garrette -

En amont de son intervention, Béatrice Garrette a souhaité diffuser une vidéo concernant la télédermatologie au Mali. Pour la visionner, cliquez ici.

« La mission de la Fondation Pierre Fabre est d’améliorer l’accès aux soins et aux médicaments de qualité pour les pays les moins avancés, les pays émergents et les pays en crise. […] La Fondation agit actuellement dans une quinzaine de pays, en Afrique subsaharienne majoritairement mais également en Asie du Sud-Est, au Liban, et en Haïti. Elle travaille toujours en partenariat avec les autorités locales, les ministères de la santé ou les ministères de l’éducation supérieure [...] C’est pour nous un gage de pérennité puisque notre objectif est de soutenir ces acteurs et ces pays dans une amélioration durable de l’accès à la santé. […] Pour avoir cette action durable et impactante, Monsieur Fabre avait donné une direction très importante que nous suivons toujours, qui était finalement d’intervenir dans des domaines qui correspondent à des besoins importants, c’est-à-dire être à l’écoute des besoins de la population, de ses priorités et s’orienter vers des domaines où justement, l’aide internationale est inexistante, là où on se retrouve avec un blanc dans la carte sanitaire. »

« Depuis 20 ans, la Fondation travaille avec les universités dans les pays pour leur permettre de former au meilleur niveau des pharmaciens. […] Elle a pu aussi s’appuyer sur un réseau de professeurs de sciences pharmaceutiques des universités françaises dont l’Université Paul Sabatier, que je remercie. Ainsi, une cinquantaine de professeurs, à titre bénévole, ont participé à nos programmes pour renforcer les capacités des étudiants et des professeurs de ces universités. »

« La drépanocytose est la première maladie génétique au monde, c’est aussi la première maladie génétique en France où environ 500 bébés naissent chaque année avec cette maladie. En Afrique subsaharienne, ce n’est pas du tout une maladie rare, elle est même très répandue car elle touche 1 à 2% des naissances avec un taux de mortalité avant 5 ans de 50% en l’absence de prise en charge de qualité. […] On intervient depuis maintenant plus de 13 ans sur cette pathologie. […] On travaille maintenant avec des gouvernements pour mettre en place des politiques nationales mais on a commencé très concrètement au Mali avec un centre de santé de référence avec le gouvernement malien à Bamako qui s’appelle le CRLD, le Centre de Recherche et de Lutte contre la Drépanocytose. C’est un hôpital de jour qui accueille maintenant plus de 10 000 patients mais c’est aussi un centre de formation et nous essayons de commencer à travailler sur la recherche. »

« Nous sommes maintenant dans une dizaine de pays où on mène des programmes d’éducation de la population, de formation du personnel de santé, d’accès aux médicaments, d’amélioration des conditions matérielles pour accueillir ces patients. Nous menons également un plaidoyer : la Fondation peut avoir ce rôle d’éveilleur de consciences et de leadeur, pour amener d’autres acteurs, locaux ou internationaux, à s’intéresser à cette pathologie [la drépanocytose] qui est négligée, parce que nous n’avons évidemment pas les moyens de régler seuls un problème qui est à l’échelle d’un continent. »

« Depuis quelques années, notre Conseil d’Administration a été sensible à l’émergence des crises qui durent. Et même si nous sommes une Fondation qui travaille essentiellement dans le domaine du développement, sur le long terme, nous sommes parfois interpellés sur des situations de crise ou d’urgence sur lesquelles on se demande comment on peut aider, intervenir, soulager la souffrance de gens qui se retrouvent dans des situations dramatiques, des conflits, des guerres et qui ont un besoin vital d’accès aux soins. »

« Dans la région du Kivu, au Congo, des conflits permanents ont fait que les violences sexuelles se sont imposées dans les pratiques de bandes armées et où malheureusement le viol est utilisé comme arme de guerre. Cela a été dénoncé très fortement par le Docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2019, qui a mis en place dans son pays un hôpital exemplaire, Panzi à Bukavu. Il a mis en place un modèle holistique où il va à la fois guérir avec des soins médicaux, de la chirurgie mais également des soins psychologiques et un appui social, économique et judicaire pour lutter contre l’impunité. Nous accompagnons le Docteur Mukwege à la fois au Congo mais aussi, depuis l’an dernier, en République Centraficaine qui est également la proie de conflits armés. Nous y créons un centre de prise en charge pour les victimes de violences sexuelles qui prend en considération tous les aspects de la reconstruction d’une personne. »

« Nous avons cette volonté de nous appuyer sur l’innovation et sur le digital qui est un élément transformateur du monde actuel. […] C’est quelque chose que nous avons souhaité travailler et qui nourrit tous nos programmes. Les pays du Sud vont devoir et ont déjà commencé à inventer de nouveaux modèles de santé publique. Ces nouveaux modèles passent par l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. C’est dans cette optique d’acquérir une compétence, une expertise, d’aider les pays et d’aider les acteurs locaux à s’emparer de cette opportunité technologique que nous avons développé aussi des programmes de veille, de recherche, d’appui sur tout ce qui concerne la e-santé. »

« L’innovation n’est pas tellement technologique, mais plutôt comment on utilise la technologie, comment on communique et comment on met en lien les différents acteurs. C’est souvent ce qu’on appelle l’innovation sociale. […] Les technologies sont un moyen d’atteindre ces populations, d’avoir une santé plus inclusive. »

« Dans nos pays, on s’est dit que le digital allait nous aider pour le suivi des maladies chroniques, pour les personnes âgées dépendantes, pour le bien être, le fitness, etc. Ce sont des applications importantes, mais dans ces pays-là, le digital sert à sauver des vies, c’est là où la différence est énorme. Il permet de contribuer aux objectifs mondiaux que se sont donnés les Nations Unies et aux objectifs de santé publique de ces pays, c’est-à-dire réduire la mortalité maternelle et infantile, réduire la morbidité et la mortalité associées aux maladies infectieuses et pallier le manque de personnels soignants. »

« L’information et l’éducation des populations sont clés car ce sont les véhicules de toute action de prévention. […] Il faut insister sur la prévention parce que les bons comportements permettent d’éviter les maladies […] À travers le téléphone portable, on peut faire passer des messages textes ou images, vocaux pour les personnes qui ne savent pas lire, dans toutes les langues vernaculaires, c’est donc un outil absolument prodigieux. On a recensé un nombre incroyable d’applications et une inventivité totale sur l’utilisation du portable pour éduquer et informer la population. […] Le téléphone est un moyen de créer un lien entre les populations et les structures sanitaires. »

« Il y a un grand projet, porté par le Docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur de l’OMS, qui est d’encourager la couverture sanitaire universelle, c’est-à-dire un minimum d’assurance santé pour la population sur les soins de santé de base. »

« Cet ensemble de solutions peut transformer la santé publique. La condition pour que ça fonctionne, c’est de lutter contre la fragmentation. S’il n’y a que des initiatives les unes à côté des autres, qui peuvent être parfois redondantes, concurrentes, cela ne fonctionnera pas. Il faut qu’à un certain stade, ce soit aligné, intégré dans la politique de santé publique mise en place par l’État. Il faut que ce soit organisé mais il faut également que les infrastructures s’améliorent. »

« L’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud est un groupe de travail et d’experts qui depuis 5 ans fait une veille, une enquête, y compris sur le terrain, pour repérer les acteurs, ces pionniers, ces changemakers […] et on met toutes les informations recueillies à disposition de toute la communauté internationale. L’information est en accès libre sur odess.io et vous aurez accès à 160 programmes dans le monde. »

« Le rôle des États est très important car nous ne pouvons pas agir sans avoir une convention avec le ministère de la santé, nous travaillons en effet dans des centres de santé publics et avec des médecins fonctionnaires. […] L’OMS fait des préconisations, des guides, mais ils n’ont pas de financements pour porter les projets. Par contre nous essayons, vis-à-vis de l’OMS, d’attirer leur attention sur les territoires thérapeutiques oubliés, comme la dermatologie, la formation des pharmaciens ou la drépanocytose. »

« Il faut donner un visage à ces victimes, il faut donner un visage à ces soignants. Il faut montrer que l’action porte, qu’il y a un impact. Il faut raconter aussi ce qu’il se passe. Le travail du Docteur Mukwege est de redonner la dignité à ces femmes qui ont été violentées, niées. Il les fait passer du statut de victimes à celui de survivantes, et même de militantes. Ce qui est aussi remarquable dans son travail, c’est qu’il a décloisonné la santé. Pour être en bonne santé, il faut aussi être soigné dans son esprit, avoir les moyens de vivre, avoir sa dignité, pouvoir porter plainte quand on a été agressé(e), savoir que l’on n’est pas dans l’impunité la plus totale. »

 

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- L'interview de Béatrice Garrette -

   

 

 

- Pour aller plus loin -

Consultez :
- le Rapport d'Activités 2019 de la Fondation Pierre Fabre ;
- la Brochure de l'Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud ;
- la rubrique "Suivre notre action" du site de la Fondation Pierre Fabre ; 
- ses réseaux sociaux : Facebook, Twitter, LinkedIn et Youtube.
 

 

Pour toute information : 
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Tél. : 05 62 11 37 46

Pour connaître les prochaines dates :

www.rencontres-occitanie.fr

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