Marae-Taputapuatea inscrit au patrimoine de l'Unesco

LE MARAE INTERNATIONAL TAPUTAPUATEA DE RAIATEA

marae taputapuatea

 

 

1. LOCALISATION Le marae international Taputapuatea est situé dans le district de Opoa, Commune de Taputapuatea au P.K. 32, sur l’île de Raiatea (anciennement Havaì-nui). Son accès est aisé, car il se situe en bordure de route et est signalisé par deux panneaux à chaque entrée.

2. DESCRIPTIF Le marae Taputapuatea fait partie d’un vaste complexe cérémoniel et archéologique situé dans la partie du Te Pö (trad. « Le monde des Esprits ») de l’île sacrée de Raiatea, implanté sur la pointe Matahiraiteraì du district d’Opoa, Commune de Taputapuatea (Raiatea, Polynésie française). Ce marae est le résultat d’une série de séquences historiques successives qui s’est arrêtée brutalement à l’arrivée des premiers européens et notamment à l’époque de la Christianisation de l’archipel de la Société. Par conséquent, il avait plusieurs appellations antérieures à celle de « Taputapuatea » : Feòro, Tinirau-nui-mata, Tinirau-nui-mata-te-papa-o-feòro, Vaiotaha, etc… et la plus récente Taputapuatea. Le marae Taputapuatea ainsi que tout un ensemble d’autres structures lithiques telles que marae, plateformes d’archers, divers paepae, etc… sont implantés sur ce vaste domaine foncier qui s’étale sur environ 8 hectares. Côté lagon, le complexe sacré Te Pö domine la majestueuse passe Te-avamoà qui partage la même sacralité avec l’ensemble du domaine précité. Répertorié pour la première fois dans les années 1930 par le Pr. Kenneth Emory, du Bernice Bishop Museum, avant d’être consolidé et en partie restauré par le Pr. Yosihiko Sinoto durant les années 1967-1968, le marae Taputapuatea ainsi qu’une partie du complexe Te Pö a fait l’objet d’une restauration en 1994-1995 sous la direction du Centre Polynésien des Sciences Humaines (C.P.S.H.). Classé territorialement en 1952 en tant que site culturel, le marae Taputapuatea est devenu, pour sa majeure partie, la propriété publique de la Polynésie française depuis 1986.

3. SPECIFICITES Le marae Taputapuatea est l’un des marae les plus importants de Polynésie française, tant par son symbole que par son caractère international. Ce site est au cœur-même de la mythologie et de l’ancienne religion de la Polynésie de l’Est. A partir du 16ème siècle, l’île de Raiatea est en effet devenue le centre spirituel, culturel, politique et religieux de toute la Polynésie orientale, sa rayonnance s’est donc étendue au-delà des limites actuelles de la seule Polynésie française. Ce centre fut dédié à l’ancienne divinité polynésienne de la guerre Oro. La tradition orale dit que ce marae est le « siège de la Connaissance », le « Berceau des (anciens) Dieux » polynésiens. L’un des marae du vaste complexe sacré Te Pö, le marae Hauviri (anciennement Tauraa-tapu) sur lequel domine encore majestueusement la fameuse pierre sacrée Te-papa-tea-ia-ruea (ou Te-papa-o-na-maha), haute de plus de 2 mètres et demi, est celui de l’ancienne et puissante dynastie royale Tamatoa qui a régné sur les Iles-sous-le-Vent jusqu’à la christianisation. Avec sa jumelle Tahaa (anciennement Uporu), l’île sacrée de Raiatea représente la tête de la grande Pieuvre mythique Tumu-raì-fenua (ou Taumata-fee-faatupu-hau) qui, selon la tradition orale, étale ses 8 tentacules sur l’ensemble du « Triangle Polynésien » constitué des îles Hawai’i au Nord, de Aotearoa (Nouvelle-Zélande) au Sud-Est et de Rapa Nui (île de Pâques) au Sud-Ouest. Le marae Taputapuatea et tout le complexe sacré Te Pö étaient particulièrement sacrés pour les prêtres et membres du mouvement arioi qui, sous l’égide de la divinité Oro et sous la bénédiction de l’ancien roi Tamatoa, voyageaient de village en village et d’île en île pour y pratiquer des rituels, cérémonies et autres spectacles où culture et spiritualité s’entremêlaient au rythme des saisons et de leurs déplacements. C’est ainsi que les prêtres et adeptes arioi ont pu se déplacer dans la plupart des îles de la Polynésie orientale actuelle, et diffuser dans le même temps, le culte de Oro. Ainsi, la tradition orale rapporte qu’une ou plusieurs pierres du marae Taputapuatea étaient prises lors de ces voyages pour être transportées lors de ces périples, et pour implanter de nouveaux marae dits « Taputapuatea » dédiés au dieu Oro dans la plupart des lieux et îles de destination, après avoir réussi à convertir localement les communautés à ladite divinité tutélaire. Aujourd’hui, on peut encore énumérer plusieurs autres marae dits « Taputapuatea » construits ou rebaptisés dans ces conditions, dont certains sont détruits ou enfouis : à Fakarava, à Rarotonga, à Tahiti (Taunoa, Pirae, Hitiaa, Tautira, Nuuroa, etc…), à Moorea (Papetoài), à Tubuai, à O’ahu (Hawai’i), à Kawhia (Aotearoa Nouvelle-Zélande), etc… Aux temps anciens, il existait plusieurs réseaux d’alliance entre îles ou groupement d’îles dans la Polynésie orientale. L’un de ces réseaux d’îles avait pour siège le marae Taputapuatea, plaçant ce dernier au cœur d’une grande « Alliance amicale » entre les îles composant Te Ao Uri no te Faatau Aroha (trad. « Pays sombre de l’Alliance amicale » : Raiatea, Huahine, Tahiti et ses dépendantes, Maiao, Iles Australes) et ceux composant Te Ao Tea no te Faatau Aroha (trad. « Pays clairs de l’alliance amicale» : Tahaa, Bora Bora, Iles Cook, Rotuma, Aotearoa). La tradition orale raconte qu’un meurtre commis par le représentant des pays du côté clair, Paòa-Tea, sur la personne du représentant des pays du côté sombre Paòa-Uri, fut à l’origine de l’éclatement de cette alliance amicale et d’un Tapu (trad. Tabou) ancestral à l’encontre de tous les résidents des îles composant l’ancienne alliance Te Ao Tea no te Faatau Aroha qui les a privés du droit de fouler de nouveau le marae Taputapuatea, pourtant devenu « international ». C’est cette rayonnance culturelle et spirituelle étendue à travers Te-Moana-Nui-a-Hiva (Océan Pacifique) et son rôle de témoin privilégié de la civilisation polynésienne juste avant le Contact européen, qui font de ce complexe cérémoniel et archéologique sacré un point géographique majeur dans la renaissance de la culture polynésienne contemporaine.

R. Ariihau TUHEIAVA Président de l’Association Na-Papa-e-Va’u- Raiatea - Secrétaire du Bureau ICOMOS Pasifika

4. SOURCES & REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES PERSONNES RESSOURCES : Emory, K.P. 1933 - Stone remains in the Society Islands. Bernice Bishop Museum, Bulletin 116, Honolulu HAWAII. Henry, T. - Tahiti aux temps anciens, (« Ancient Tahiti », Bernice Bishop Museum, Bulletin 48, Honolulu HAWAII) Eddowes, M. - Origine et évolution du marae Taputapuatea aux Iles sous le Vent, C.N.R.S. Kaina Tavaearii, Président d’Honneur de l’Association Na-Papa-e-Va’u - Raiatea Crédit photos : Association Na Papa E Va’u

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