Dégustation rhums A170-chez C.de Montaguere

 

Hier soir, vendredi 24 février 2017, de 18h00 à 20h30, a eu lieu la présentation des rhums de la nouvelle et récente distillerie martiniquaise A1710.

a170 bossSon créateur, Yves ASSIER de POMPIGNAN, est venu de Martinique présenter, chez Christian de MONTAGUERE, les quatre rhums qu'il a commercialisé en janvier en Martinique et qui sont disponibles depuis hier soir chez Christian. On peut les trouver également chez les cavistes avec comme distributeur "Vins du Monde".

Christian de MONTAGUERE a d'abord présenté Yves ASSIER de POMPIGNAN et est intervenu tout au long de la soirée pour compléter les nombreuses informations données par Yves.

Yves ASSIER de POMPIGNAN a tout d'abord indiqué comment, à 50 ans, il a pensé et créé une nouvelle petite distillerie de rhum, artisanale et originale.

Dès l'enfance il a baigné, comme la plupart des Martiniquais d'ailleurs, dans l'univers du rhum : son père, ingénieur agronome, a dirigé pendant 25 ans le CTCS (Centre Technique de la Canne et du Sucre) dans les années 1950/1960. Il a toujours vécu au François près de l'Usine du Simon où sont produits les rhums CLEMENT et HSE.

Finalement après une carrière étrangère au rhum il s'est décidé à se lancer dans la production de rhum en vue de satisfaire les aficionados, de plus en plus nombreux, qui recherchent les rhums rares, premium, de haute qualité et qui sortent des sentiers battus.

Aussi il n'a pas cherché à avoir la bénédiction de l'AOC car la distribution de ses rhums se fera par le réseau des cavistes, ces derniers étant là pour conseiller les acheteurs potentiels.

Cela lui permet également de s'affranchir des règles contraignantes de l'AOC qui, gage de qualité, compliquent, sinon empêchent, cependant l'innovation.

Ainsi il a pu, et pourra continuer, à s'affranchir de la période imposée de la coupe de la canne, de la durée limitée de fermentation, des variétés de canne cultivées, de l'appareil de distillation imposé.

Par exemple lorsque j'ai rendu visite à Yves en décembre dernier il était en train de distiller, ce qui n'est pas permis par l'AOC à cette période. Il s'est arrêté ensuite car les pluies incessantes de décembre ont rendu les sols quasi marécageux.

Pour le premier rhum produit, LA PERLE, ont été utilisées la canne roseau et la canne bleue qui sont des variétés agréées par l'AOC mais par la suite d'autres variétés anciennes entreront dans la production comme une canne brun noir (sans nom défini) qui n'est pas dans les variétés de canne AOC. La canne rouge sera également utilisée.

La fermentation est longue : cinq jours à 22/23° dans des cuves réfrigérées avec des levures boulangères (AOC) et oenologiques. Elle sortait des anciennes règles AOC mais ces dernières ont été récemment assouplies. 

Enfin les règles AOC imposent la distillation en colonne. Yves utilise un ensemble alambic charentais complété d'une petite colonne comprenant 7 plateaux, le tout en cuivre.

Il ressemble à celui utilisé par Chalong Bay, en Thaïlande.

Par ailleurs l'appareil de distillation d'Yves fait penser à l'appareil Privat. Le nez des rhums produits par ces deux appareils ont d'ailleurs des ressemblances.

Yves distille à 68/70° et réduit le rhum de 13 degrés environ, à 54,5% avec de l'eau osmosée sur une période de 5 mois.

Pour ce premier rhum blanc, LA PERLE, les cannes viennent de parcelles classées AOC qui jouxtent la distillerie qui appartiennent à Yves et de celles fournies par de petits planteurs de Saint-Esprit et de Ducos.

La dégustation de LA PERLE donne les résultats suivants : 

- au Nez on reconnaît l'odeur de la canne mâchée, ce qui est très agréable.

- en Bouche on reconnait le sucre de canne et on peut déceler la papaye mûre et la prune de cythère.

Personnellement je le trouve si bon, sec, nature, que je ne rajouterai ni sucre, ni citron vert. C'est un vrai rhum de dégustation. Ce serait dommage de le déguster en Ti-Punch, mais pourquoi pas pour les amateurs de la célèbre recette antillaise ?

Yves y retrouve, lui, au nez, le parfum très fort qu'il trouvait dans le rhum LA MAUNY d'il y a trente ans, du temps de son propriétaire d'alors, Jean-Pierre BOURDILLON, qui accordait une grande importance à cet aspect et recherchait un nez puissant.

Chantal COMTE, avec qui j'ai visité en décembre dernier la distillerie A1710 et qui était accompagnée de son mari, a dit à Yves : ce rhum La Perle est, au nez, un bouquet de fleurs.

Le rhum LA PERLE titre 49,5 %. Son prix : 49 €.

En avril 2017 un autre rhum blanc, baptisé RENAISSANCE, sera disponible. Il titrera environ 50 % et sera embouteillé dans un flacon numéroté.

Yves ASSIER de POMPIGNAN a ensuite parlé des trois rhums vieux qu'il commercialise.

Pour accueillir des rhums déjà vieillis qu'il a achetés, il a aménagé un chai de façon rigoureuse : la façade exposée à l'Océan Atlantique a été fermée et celle exposée du côté opposé à la Montagne du Vauclin percée d'ouvertures.

Aussi pendant le jour les alizés, venus de l'Atlantique, chauffent le chai et pendant la nuit les vents frais de la Montagne du Vauclin rafraîchissent le chai. Si bien qu'il y a une forte amplitude dans ce dernier, de l'ordre de 20° qui favorisent le vieillissement des rhums qui y sont entreposés. D'un autre côté, et ce n'est pas économiquement rentable, la part de anges est très importante (11% ! ) mais Yves n'est pas dans le registre de la chasse aux économies mais dans la recherche de l'excellence.

D'ailleurs sa plaquette indique RHUMS EXTRAORDINAIRES.

Yves ajoute, modeste, qu'il ne prétend  pas que ses rhums sont les meilleurs du monde mais qu'ils sortent de l'ordinaire.

Le processus de l'élaboration et de l'assemblage des rhums vieux est particulièrement complexe.

Achetés déjà vieux de producteurs martiniquais (rhums agricoles) et guadeloupéens (rhums agricoles et de mélasse) Yves les fait vieillir à nouveau, dans son chai, dans des fûts de chêne français ayant contenu du Cognac.

Il procède à un premier assemblage dans trois foudres où les rhums séjournent 8 semaines. Il les place ensuite dans des fûts de Cognac de 300l. pendant une nouvelle période de 8 semaines. Après une réduction à l'eau de Volvic ils sont embouteillés après un filtrage mécanique pour ôter les petites particules de bois indésirables. Aucun ajout, comme du caramel ou autres produits, n'est opéré.

Certains rhums sont utilisés pour leur structure, d'autres, plus fragiles et plus complexes, pour leur richesse aromatique et gustative. Leur assemblage est effectué sous la houlette de Stéphanie MARTIN, Maître-Assembleur de Cognac.

Yves ASSIER de POMPIGNAN a fait faire un moule spécial pour ses carafes (numérotées) dont il est propriétaire.

Nous avons dégusté successivement les trois rhums vieux produits par A1710 :

a170 trois bouteilles

1. TRICENTENAIRE

C'est un assemblage subtil de 5 rhums hors d'âge ayant vieilli entre 6 et 17 ans. Il titre 43,9%. L'édition 2016 est limitée à 1 000 flacons. Son prix : 210 €.

2. NUEE ARDENTE

C'est un assemblage complexe de 7 rhums hors d'âge ayant vieilli entre 9 et 17 ans. Il titre 44,7%. L'édition 2016 est limitée à 700 flacons. Son prix : 269 €.

Il a été qualifié de grand AOC par des membres du jury AOC et a été distingué par la revue Caribbean Journal comme "New Rhum Agricole of the Year".

Une haute personnalité du François l'a renommé : "NUIT ARDENTE". Du vécu ?

3. SOLEIL de MINUIT

C'est un assemblage gourmand de 6 rhums hors d'âge ayant vieilli entre 8 à 11 ans. Il titre 46,4 %. L'édition 2016 est limitée à 1 300 flacons. Son prix : 169 €.

Le nom provient du surnom donnée à une amie des grands frères d'Yves qui, avec sa chevelure rousse, éclairait les membres des parties nocturnes organisées.

Yves ASSIER de POMPIGNAN a donné des explications sur le nom de la distillerie et le sigle retenu.

A1710 : A vient de son nom, Assier, et 1710 est l'année où son ancêtre a débarqué en Martinique et s'y est installé.

Dans le sigle figure un serpent, qui symbolise le dur travail des anciens esclaves qui coupaient la canne et étaient confrontés à ces terribles serpents de l'espèce trigonocéphale.

De plus ce serpent a un côté un peu provocateur dans le style des parfums nommés "Poison" ou "Opium".

La nombreuse assistance (le rez-de-chaussée de la Boutique de Christian de MONTAGUERE était plein à craquer) a été ravie de sa soirée et les commentaires entendus étaient particulièrement élogieux.

Il est vrai que ce n'est pas tous les jours qu'un nouveau "rhumier" vient présenter ses créations à Paris, qui en plus, était précédé d'une très bonne réputation.

Des évènements comme cela on est preneur et on en redemande !

Cordialement

Pierre MOREAU

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