Exposition collective l'élargissement des fantasmes-Galerie Maëlle-Paris-mars 2017

 

L'ÉLARGISSEMENT DES FANTASMES

maelle mars 2017

Commissariat Eva Barois De Caevel Curated by Eva Barois De Caevel


YASMINA BOUZIANE, ALAIN FAURE, PAUL-ARMAND GETTE,
MARIE-CLAIRE MESSOUMA MANLANBIEN, MIRIRO MWANDIAMBIRA,
WURA-NATASHA OGUNJI, KELLY SINNAPAH MARY, DANI SOTER


Exposition collective  Group show

Vernissage Jeudi 09 Mars 2017 18h00 - 21h00
Opening on March 09 2017 6 to 9 pm

Exposition présentée du 09 mars au 22 avril 2017
Exhibition from March 09 to April 22, 2017

Du mardi au samedi de 14h00 à 19h00
From Tuesday  to Saturday 2 to 7 pm

Communiqué de presse ici
Dossier de presse ici



 

Au départ, il y a cette chose qui me fascine et qui est entrée dans mon travail : comment arrivons-nous à sentir, à connaître (plutôt que comprendre) des désirs autres — ceux des autres ? Des désirs autres que les seuls que nous sommes bien sûr-e-s de ressentir : les nôtres. Un mélange de notre plus intime, de notre plus unique, de nos rêves ; et de notre éducation, de notre culture, des mythes et des légendes, des injonctions de la société, de strates historiques.

Dans les premières pages de Boy-Wives and Female Husbands, Murray et Roscoe écrivent : « Parmi les nombreux mythes que les Européens ont créés au sujet de l’Afrique, le mythe selon lequel l’homosexualité serait absente ou négligeable dans les sociétés africaines est l’un des plus anciens et tenaces. [...] Si les peuples noirs africains étaient les plus primitifs de toute l’humanité [...] ils devaient être aussi les plus hétérosexuels. Les figures de l’“homme naturel” et du “primitif ” se sont avérées indispensables aux projets occidentaux d’auto-définition depuis que les Grecs ont imaginé les non-Grecs comme des barbaros, plus foncés, plus poilus, plus grossiers et plus dissolus qu’eux-mêmes. [...] Comprendre les homosexualités africaines suppose non seulement d’abandonner ces mythes mais aussi de suspendre un certain nombre de convictions et de valeurs occidentales profondément enracinées sur la sexualité, l’amour et les relations intimes.1»

Bien que j’aie été frappée de constater, au cours des années, à quel point cette dernière remarque était toujours d’actualité et à quel point beaucoup d’êtres humains (et surtout beaucoup d’Occidentaux/ales) refusaient d’accorder à ceux et celles d’une autre société des fonctionnements et des ressentis différents des leurs concernant la sexualité, l’amour et les relations intimes, il est évident que cette question n’est pas seulement une question post-coloniale. Le prisme post-colonial n’est qu’un appel pressant parmi d’autres, lorsqu’il est aujourd’hui question de féminisme, de genre et de sexualité, à être capable d’offrir toujours davantage de liberté d’être à ce que nous ne connaissons pas.

J’ai aussi été frappée de constater à quel point dans le champ de l’art, et de l’art contemporain, là aussi, presque toutes les représentations du genre et de la sexualité devaient être données avec des clefs de lecture évidentes — j’entends pour la société occidentale, le seul espace où tout est lu et vendu — dès qu’elles émanaient d’une autre société.

Dans C.(pour « Chatte »), Pasolini évoque un sexe — le sexe féminin, maternel — a priori universellement connu, et  reconnu,  évident,  mais qui  lui  demeure  totalement  étranger, pour  toujours.  Alors qu’un  autre monde sexuel pourra être le sien, pour la vie. 
« ...et Tu es là, au Centre,

Commun Dénominateur de tous,
derrière un sale buisson sur la pente glissante,
AU TRAVAIL, AU TRAVAIL,
Œil de chair qui ne voit pas
2! »
La question, exceptionnelle, incomparable, celle de Pasolini, est : chatte conformiste, chatte capitaliste — est-il possible de lui échapper ?

À l’heure où des peuples entiers croient voir chez les autres des signes de misère sexuelle, de misère féministe, de misère homophobe, autant de boîtes de Pandore qui s’épanouissent violemment (contre l’autre, son voile, son arriération), l’art devrait toujours permettre de faire voir et sentir des images et des imaginaires de ce qu’est un corps, une femme, un homme, ni l’un, ni l’autre, un sexe, des pratiques sexuelles, qui nous excèderont toujours, qui excèderont toujours ce que nous croyons connaître par leur créativité, leur puissance, leur sophistication, leurs structures inouïes, leur singularité — comme la salve contre la chatte de Pasolini, comme le récit du Kényan Kamau dans le livre de Murray et Roscoe.

Par chance, les corps et les esprits peuvent vouloir plein d’autres choses que ce à a quoi ils sont cantonnés et ils ont la mémoire de plein d’autres choses que ce que nous soupçonnons. Paul-Armand Gette, un explorateur unique du sexe féminin et de ses mythologies, disait que « (l)’élargissement des fantasmes serait un beau programme pour un artiste. » Cette exposition est faite par des et faite de corps d’hommes et de femmes, corps jeunes ou vieux, corps queer, corps racisés, sexes et imaginaires sexuels. Elle espère réussir une seule chose : simplement les laisser être.

 

Eva Barois de Caevel,  Paris, septembre 2016


____________________________

1 Stephen O. Murray et Will Roscoe, Boy-Wives and Female Husbands: Studies of African Homosexualities,
2 Basingstoke, Palgrave Macmillan, 1998, p. 11.
 Pier Paolo Pasolini, C., traduction d’Isabella Checcaglini et Étienne Dobenesque, Paris, Ypsilon, 2012, p. 45


 


 

 


EVA BAROIS DE CAEVEL PORTRAIT


 

Photo by Serli Lala, Courtesy Creative Time

Eva Barois De Caevel (1989, France) est commissaire d’exposition indépendante. Elle est commissaire pour RAW Material Company et coordinatrice de la RAW Académie (Sénégal). En 2016, elle a fait partie de l’équipe curatoriale d’EVA International, la Biennale irlandaise. Elle est également éditrice pour l’Institute for Human Activities (Congo, Pays-Bas, Belgique). Eva est l’une des fondatrices du collectif international de commissaires Cartel de Kunst, créé en 2012, et basé à Paris. Elle a été lauréate du ICI Independent Vision Curatorial Award 2014. Eva a publié de nombreux textes dans des catalogues d’expositions ainsi que dans des revues spécialisées (IAM, AFRIKADAA, Offshore,...). Ses récentes activités curatoriales, en tant que commissaire, commissaire assistante ou avec son collectif, incluent « Streamlines », Deichtorhallen, Hambourg (2016); « Body Talk », WIELS, Lunds konsthall et FRAC Lorraine, Bruxelles, Lund et Metz (2015-2016); « SWAB Gate by Fundació Lluís Coromina », Foire SWAB Barcelona, Barcelone (2015); « Avant-Garden », La Générale en Manufacture, Sèvres (2014); « Who Said It Was Simple », RAW Material Company, Dakar (2013-2014); « The Floating Admiral », Palais de Tokyo, Paris (2013). En tant que commissaire et chercheuse elle est intervenue, notamment, lors du dernier Creative Time Summit, Washington (octobre 2016), à l’Akademie der Künste der Welt, Cologne (mai 2016), à Bétonsalon, Paris (octobre 2016), au Centre Pompidou, Paris (avril 2016), à l’INHA, Paris (décembre 2015), au FRAC Basse-Normandie, Caen (juin 2015), à l’Université Paris Diderot, Paris (juin 2015), à la Villa Médicis, Rome (avril 2015), à la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, Paris (mars 2015), ou encore au WIELS, Bruxelles (mars et avril 2015).


 

 

Artistes représentés : Agata KUS / Ernest BRELEUR / Audry LISERON-MONFILS  / Antoine POUPEL / Dani SOTER / Emmanuel RIVIÈRE / Kelly SINNAPAH MARY / Sébastien MEHAL  / Orlando BRITTO JINORIO / Jérémie PAUL / Iris DELLA ROCA

 

 


MAËLLE GALERIE
1 - 3 rue Ramponeau 75020 Paris

Métro Belleville - sortie Boulevard de Belleville
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
+ 33 (0) 6 14 80 42 00

LA MAËLLE GALERIE EST MEMBRE DU GRAND BELLEVILLE

LA MAËLLE GALERIE EST MEMBRE DU COMITÉ PROFESSIONNEL DES GALERIES D'ART
 

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut